Internet nous donne accès à des myriades d’informations aux sources variées et parfois, il faut le dire, foireuses. Le pire des cas étant l’intox malveillante pure et dure. Ces dernières semaines ont vu remonter pas mal d’initiatives des média pour endiguer la menace des fausses infos (autrefois appelées rumeurs) et sites peu fiables.

Pas mal d’articles sont parus sur le sujet, vous trouverez donc ici une synthèse des possibilités actuelles pour lutter contre ce fléau informationnel.

Se mobiliser contre les « fake news »

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Les fausses infos ont toujours existé, mais elles sont aujourd’hui d’autant plus pénibles qu’elles se diffusent vitesse grand V et que l’on a la fâcheuse tendance en tant qu’internaute à croire tout ce que est dit en ligne alors que n’importe qui peut ouvrir un site, poster une vidéo, bref : s’exprimer. Qu’on le dise donc une bonne fois pour toute : ne pas prendre pour argent comptant une information simplement parce qu’on la lit ou qu’une de nos connaissances la diffuse.

Je dois dire que ce sujet m’interpelle personnellement car il m’est arrivé de vérifier les sources de publications Facebook d’amis (qui ont la tête sur les épaules) et de me rendre compte que le contenu qu’ils partageaient en toute bonne foi provenait d’une source douteuse. Une fois l’erreur ou l’intox reconnue, combien de personnes ont tout de même vu ce contenu avant de savoir qu’il n’était pas fiable ? C’est à chacun de nous d’être vigilant sur ce point et donc de sensibiliser notre entourage aux bonnes pratiques.

Professionnellement je pense qu’il est évidemment dans nos cordes de bibliothécaires d’avoir un œil sur cette importante question. Notre public est tous les jours soumis à des recherches plus ou moins hasardeuses sur le net et sur les réseaux sociaux et il est très intéressant pour nous de continuer à se positionner comme des professionnels de la recherche documentaire, notamment dans le cadre des nombreux ateliers autour du numérique qui existent. Peu importe le support, seul le résultat compte. 😉

Quels conseils à nos usagers pour éviter de tomber dans le piège des fausses infos ?

Les « gestes qui sauvent » : chercher l’origine de l’information et vérifier les sources citées.

1. Tout d’abord toujours chercher la source de l’information.

Ca peut sembler évident pourtant bien souvent des infos circulent sans que l’on sache qui en est à l’origine. Comment procéder ? C’est simple : sur un site chercher qui est derrière les articles, dans le fameux « qui sommes-nous » ou « plus d’infos » si l’article n’est pas signé. C’est l’occasion de voir s’il s’agit d’un site d’information traditionnel ou d’un site humoristique (ha! combien de personne sont aujourd’hui encore scandalisées par le Gorafi…). S’il n’y a aucune information sur les créateurs, rédacteurs du site et leurs intensions, c’est mauvais signe. Lorsque l’on a le nom de l’auteur d’un article, une petite recherche nominative peut être elle très instructive. Si vous découvrez que l’auteur est connu pour diffuser certaines idées, voire qu’il a été condamné pour diffamation (vous seriez étonné de voir la facilité avec laquelle on diffuse des vidéos hyper louches), prenez la fuite.

2. Vérifier les sources

Une fois l’auteur cerné d’un peu plus près, il peut être utile de vérifier si c’est possible le contenu diffusé. Certaines personnes ou sites ne sont pas reconnus comme étant des générateurs de fausses infos. D’ailleurs des sites très sérieux peuvent se tromper, le mieux est donc de croiser les sources. Si une information vous interpelle il peut être bon là aussi de faire une petite recherche en ligne pour voir s’il existe d’autres articles ou études à son sujet. En une minute vous pouvez par exemple savoir si oui ou non la contraception naturelle est efficace dans 98% des cas ou 75% pour prendre le dernier exemple qui m’a interpellée. Il faut être particulièrement vigilant quand l’auteur parle « d’une enquête » sans dire laquelle ni de quand elle date ou quand certains chiffres sont annoncés sans citer de source.

Enfin, ne pas oublier de vérifier la date d’une publication qui peut avoir été juste à un moment mais tourne depuis des années.

Des outils existants et en devenir à suivre

Plusieurs initiatives existent aussi pour  aider à s’y retrouver dans l’info. Je parle notamment du Decodex qui a défrayé la chronique (regardez cette belle carte Framamindmap), de l’outil de recherche d’images que Google, des projets de vérification de l’information avec les média français.

L’initiative du Monde : le Decodex

Je ne vais pas revenir sur les défauts que l’on peut évidemment imputer au Decodex, les critères de classement des sites par des journalistes, le positionnement d’un organe de presse (Le Monde) en tant que « juge et partie » de l’info. Vous pourrez découvrir ce qu’on lui reproche avec cet article de Libération ou encore du collectif Savoircom1. Personnellement, malgré des faiblesses évidentes, je soutien l’effort (perfectible, à voir évoluer) qui vise le grand public.

Ce qu’il faut savoir c’est que bien évidemment cet outil, visant à créditer ou non certains sites  (et non des articles, c’est l’un de ses points faibles) n’est pas parfait ni infaillible mais qu’il peut tout de même contribuer à gagner un œil plus averti sur la circulation de l’info, surtout pour un néophyte. Quand je vois combien de personnes se laissent encore avoir par les arnaques en lignes du type « je te vends ma caravane mais elle est en Papouasie, rapatrie-la moi stp », ou « votre compte bancaire est piraté donnez nous votre numéro de carte avec le code », je me dis que le Decodex peut trouver son public.

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J’ai donc testé le Decodex qui remplit raisonnablement son rôle surtout si vous installez un plugin sur votre navigateur (firefox ou explorer). Un petit « D » apparait à droite de votre écran et se colore en vert (plutôt sûr), orange (sources à vérifier), rouge (à fuir) ou gris (informations très variables, vu notamment pour les blogs médiapart) selon les informations détenues sur le site. Le Décodex propose aussi à l’internaute de signaler un site lorsqu’il n’a pas encore fait de recherche dessus (concerne pas mal de sites pour l’instant) afin d’aiguiller l’effort de vérification -c’est assez artisanal d’ailleurs puisqu’il s’agit d’un formulaire google.

La recherche Google image

Photo-montage, images détournées ou réutilisées : les illustrations sont souvent sujettes à caution de nos jours et de fausses infos se propagent très vite à l’aide de ces supports souvent choisis pour nous émouvoir. Bien que je ne sois plus très encline à utiliser Google, je dois admettre que je trouve leur outil de recherche d’image, découvert il y a peu, très utile. J’espère que d’autres moteurs  (Qwant, pour ne pas le citer :p)  le mettrons en place.

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Le principe est simple : vous pouvez télécharger l’image que vous souhaitez faire vérifier ou mettre directement son adresse URL sur Google images. Le moteur de recherche vous donne alors une « hypothèse la plus probable » quant à l’origine de l’utilisation de l’image avec les sites qui ont utilisé ladite image ou une image semblable (utile dans le cas d’un photo montage pour repérer l’image originelle) et en donnant leur date de publication.

A surveiller : création d’un « fact-checking » sur Facebook et site « Cross checked »

Facebook est l’un des principaux réseaux de diffusion d’informations non vérifiées et depuis qu’il a été pointé du doigt lors de la campagne électorale américaine, il semble vouloir se refaire une jeunesse. Le réseau social souhaite mettre en place à l’aide de plusieurs média français (Le Monde, Libération, BFM TV, France télévision…) un outil de vérification des infos circulant en son sein.

Le principe serait le suivant : les internautes pourront signaler une information qui leur semble fausse. Celle-ci sera « vérifiée » par au moins deux média partenaires. Si l’info n’est pas vérifiée un message d’alerte s’affichera lors du partage de l’article.

Si l’idée a du bon, on notera toutefois que cela risque légèrement de submerger les média partenaires qui se retrouveront à faire la « police du net » pour Facebook… Les dessous du processus sont donc aussi à connaître. L’entreprise va -t-elle rémunérer les media pour leur participation ? Des brigades de journalistes vont-elles voir le jour pour vérifier les informations circulant sur nos réseaux ?

Ces derniers sont aussi sollicités par Google pour la création d’un site commun vérifiant les informations liées à la présidentielle de cette année. Le projet Cross Checked sera mené là encore par plusieurs média dont l’AFP, Le Monde, Libération , France télévisions, etc, mais ce sont surtout des étudiants en journalisme de Science Po qui vont mettre la main à la pâte d’après les dernières infos trouvées sur le sujet… A noter : le site doit être mis en service le 27 février mais il ne semble pas encore prêt.

Vraies infos, fausses infos, faits alternatifs et censure

Pour conclure je dirais que cette préoccupation de l’information vérifiée montre une prise de conscience des acteurs de la diffusion de l’information mais reste encore balbutiante et sujette à de nombreuses questions.

Derrière la participation active des média se profile la question qui a inquiété ces derniers temps : quelle légitimité ont-ils pour valider une information sachant que certains media traditionnels et réputés « sûrs » ont déjà diffusé de fausses infos involontairement ou pas et cela peut-il déboucher sur de la dissimulation ou de la censure?  C’est un questionnement qui s’applique également de façon plus générale aux moteurs de recherche avec la lutte contre les sites « malveillants » (sur le négationnisme ou l’avortement par exemple). Google en tant que géant du web est de plus en plus sollicité pour déclasser ces sites est a ainsi récemment modifié son algorithme sur la version anglaise du moteur.

Enfin, le positionnement de certains Etats, gouvernants, hommes politiques devient préoccupant vis à vis du traitement de l’information  et des média : quand un certain faux blond invente des faits sous couvert de « faits alternatifs » ou quand le gouvernement russe épingle des média anglosaxons sans critères établis par exemple. En France, le Front national surfe sur la vague des intox, quitte à semer le doute parmi le public en clamant régulièrement et en toute mauvaise foi être victime de « fake news » .

Les citoyens que nous sommes avancent dans un circuit de l’information de plus en plus tortueux et difficile à vérifier, les bibliothécaires (mais aussi les profs) ne sont pas de trop pour tenter de rendre le milieu de l’information un peu moins opaque !

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