Hello la compagnie ! Il fait beau, il fait chaud, les vacances arrivent ou sont passées par là, quel meilleur moment pour la traditionnelle lecture plaisir, celle qui ne prend pas la tête comme on dit ?

En ce qui me concerne j’ai mis à profit mon temps pour lire le dernier tome de la Passe-miroir de Christelle Dabos. Vous savez, LA nouvelle série fantasy jeunesse française (le premier tome a tout de même quelques années maintenant). Celle que Gallimard n’hésite plus à comparer à notre petit Potter. C’est pourquoi je me décide à vous pondre ce petit billet car je suis assez agacée.

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Qu’est-ce qui cloche dans cette sympathique tétralogie qui caracole au top des ventes ? Qu’est-ce qui me dérange ? Et bien tout d’abord je tiens à dire qu’il s’agit d’une série portée par les professionnels du livre, libraires et bibliothécaires depuis sa sortie, ce qui m’a poussé à une certaine exigence.

Je ne vous cacherai pas que dès le départ, le synopsis de cette aventure m’a laissée sceptique, et pour cause, tout commence avec un mariage arrangé entre Thorn et Ophélie qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam. L’histoire étant avant tout vendue comme une grande « saga fantastique »  par l’éditeur, je me suis malgré tout laissé tenter. C’est d’ailleurs ce qui est valorisé dans cet article de Madmoizelle paru le mois dernier. Et il est vrai que l’auteure a su créer au fil des tomes un monde étonnant, composé d’arches aux modes de vies différents, où l’on s’immerge volontiers. Une intrigue se met en place depuis le premier tome avec les dangers à éviter pour l’héroïne et surtout ces étranges Livres à décrypter, Ophélie qui devine qu’un passé trouble a ôté la mémoire aux esprits de famille de chaque arche. La présence d’un certain Dieu dans tout ça… Jusque là d’accord, tout va bien.passe-miroir-2

 

MAIS, mais, c’est tout de même décevant de constater qu’en réalité il ne s’agit que d’une romance type camouflée. Qu’inévitablement les fiancés qui se détestaient vont s’aimer, que lui est mutique et donc mystérieux, elle gauche mais quand même dotée de pouvoirs intéressants. Amant impénétrable mais au cœur fondant et prêt à tout pour sauver celle qu’il aime (la virilité à l’état pur n’est ce pas ?). Ne me dites pas que vous ne reconnaissez pas les ingrédients magiques ? Les mêmes dans Twilight, les mêmes dans 50 nuances de Grey ou Barbara Cartland et qui sais-je d’autre… Une recette tellement rebattue que je ne comprends pas comment elle peut encore fonctionner… Et surtout ce n’est (étonnamment) pas cet aspect de la série qui est promu alors qu’il phagocyte peu à peu l’histoire.

J’exagère me direz-vous, après tout on a encore le droit d’écrire de l’aventure avec une rencontre amoureuse. Mais franchement en terminant ce troisième tome, lorsque l’héroïne a affirmé qu’éclaircir le fameux mystère qui nous tient en haleine depuis 3 tomes n’était pas sa priorité mais qu’elle le faisait pour son cher Thorn, les cheveux m’en sont tombés ! A quoi bon se creuser les méninges pour nous créer une histoire si en fait on s’en fiche parce que l’héroïne ne le fait que par amour ? Est-ce qu’il y a message plus étrange à passer à son lectorat ?

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Qui plus est, dans ce troisième tome Christelle Dabos a franchi la ligne rouge pour mon radar féministe de lecture. Oui, elle nous a servi la « fameuse » scène de tentative de viol où l’héroïne est mise à mal et sauvée par un homme. Et ça, ça ne passe pas, encore moins dans de la littérature jeunesse. (C’est d’ailleurs un reproche que je fait à d’autres séries ado). Pourquoi insérer une scène sexiste, clichée, qui n’apporte rien à l’intrigue ? Si vous avez la réponse, faites-moi signe parce que personnellement je cherche encore. Le pire c’est que j’imagine que l’auteure ne pensait pas à mal, je dirais d’ailleurs que ce tome était le plus « engagé » des 3 sortis, avec des questionnements sur la robotisation de la société et l’introduction d’un personnage handicapé moteur et d’un couple d’homosexuels.

Cette dernière décennie, le nombre de séries avec une héroïne a explosé, et pourtant je trouve qu’on est loin d’un Harry Potter dont on multiplie les comparaisons. Pourquoi ? Parce qu’on est obligé de se coltiner une histoire d’amour (trio amoureux, amour compliqué ou que sais-je) qui empêche la progression de l’héroïne et surtout l’ampute souvent d’un soutien important : l’amitié. Le couple et/ou la famille sont souvent davantage valorisés. Ici en particulier notre héroïne est très seule, aucun vrai soutien sur qui compter si ce n’est une écharpe magique (youhou), une tante (paye ta pote) et une belle-soeur flippante. Déso, mais moi je n’appelle pas ça des amis. D’ailleurs il est à noter dans ce tome que les personnages avec lesquels elle interagit le plus de manière positive sont des hommes et de manière négative sont des femmes…

Bon, je voulais faire court et finalement il y avait plus de choses à dire que ce que je pensais… Tout ça pour vous dire que désormais je continuerai peut-être de conseiller cette série mais davantage en tant que romance fantasy qu’aventure épique. Si vous l’avez lue, je suis ouverte au débat !

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